La clé du jeu sans ballon

Plusieurs facteurs font la différence dans un match de football. L’impact physique, la qualité technique, le mental, les grands joueurs, la chance, etc. Mais il en est un autre qui fait indéniablement office de potion magique dans ce magnifique champ de bataille qu’est le terrain de football, et sur lequel nous souhaitons nous attarder : le jeu sans ballon.   

 

Collectif

 

Quand nous analysons le classement final d’un championnat, les équipes qui trustent les premières places sont dans une immense majorité de cas celles qui possèdent les meilleurs joueurs. Plus puissantes financièrement, plus attractives pour les recrues, clubs plus prestigieux, etc. Bien des atouts sont en leur faveur, et il est difficile (mais pas impossible) pour des équipes moins fortes de rivaliser sur la durée. Néanmoins, parmi le groupe des équipes du haut de tableau et celui des autres, la notion de jeu sans ballon fait bien souvent office d’arbitre, et récompense celles qui le travaillent et le maîtrisent.

Prenons quelques exemples.

En Premier League, parmi le (nouveau) Big 6, cinq équipes se tiennent en 5 points, bien loin derrière le leader Manchester City. Si les Citizens possèdent de très bons joueurs individuellement, Manchester (Pogba, Mata, Martial), Tottenham (Alli, Kane, Eriksen), Liverpool (Salah, Mané, Firmino), Chelsea (Hazard, Fabregas, Willian) et Arsenal (Özil, Wilshere, ex Sanchez) ne sont pas réellement moins pourvues en joueurs de classe. Mais s’il y a un domaine dans lequel l’équipe de Guardiola (tiens tiens, certainement un hasard) excelle et domine les autres, c’est dans l’utilisation des espaces par les joueurs qui n’ont pas le ballon.

Le cerveau.

Du mouvements perpétuel : en profondeur, entre les lignes pour casser le bloc défensif, des appels croisés, de faux appels pour libérer les espaces, c’est cet essentiel travail de fond qui permet à ces collectifs de trouver des ouvertures durant les phases d’attaque, mais aussi de se libérer plus facilement du pressing de l’adversaire. Le jeu sans ballon, ce n’est pas forcément courir plus, mais courir mieux.

De telles caractéristiques sont également visibles chez des équipes comme Barcelone, le Paris Saint-Germain, le Napoli, ou encore Nice et l’Atalanta Bergame pour citer des équipes moins en vue. Les trois premières citées sont en tête de leur championnat, quand Nice et l’Atalanta sont respectivement 6e et 8e. Il n’y a pas de secret…

 

Cela peut paraître simple, mais malheureusement, beaucoup trop d’équipes ne prêtent pas réellement attention à cet aspect essentiel de la construction du jeu. Ne serait-ce que pour les bases : se placer entre les lignes, le « je donne je demande » que l’on apprend en école de foot, le simplissime « une-deux », ou encore les dédoublements avec les latéraux. Si l’on s’enthousiasme à remarquer celles qui le font, c’est bien à cause du fait qu’elles sont trop peu nombreuses. En Ligue 1, Nice – comme nous l’avons cité – mais également Montpellier (grosse activité des latéraux avec leurs milieux) et Dijon (circulation du ballon très active dans un milieu de terrain porté vers l’avant) se démarquent des autres. Rien de réellement génial et révolutionnaire, mais une utilisation intelligente des espaces qui leur permet de figurer chacune à une très bonne place par rapport à leur effectif.

 

Individuel

 

Si des collectifs sortent du lot en terme de jeu sans ballon, il en est de même de certains joueurs.

Travail de l’ombre et travail de la lumière.

Le cas de Karim Benzema est en cela très intéressant. Voici un buteur, qui bien qu’efficace, ne l’est peut-être pas autant que Lewandowski, Cavani ou Suárez. Et pourtant, cela fait 9 saisons qu’il est l’avant-centre du Real Madrid. Si Higuain et Morata sont partis, lui est toujours là. Pourquoi ? En grande partie grâce à sa parfaite complémentarité avec Cristiano Ronaldo et les autres joueurs offensifs. Benzema est un très bon technicien, mais peut-être encore meilleur dans le jeu sans ballon. Se placer entre les lignes pour remiser, (faux) appels, libération de l’espace pour les joueurs lancés en profondeur …. Sa maîtrise du déplacement en fait un élément déterminant dans le jeu du Real Madrid.

Dans d’autres styles, Neymar, Iniesta, Messi, Özil, Cavani, Busquets ou encore Müller, sont des joueurs qui profitent de leur science du jeu sans ballon pour faciliter l’expression de leur talent ballon au pied.

 

Aujourd’hui, trop d’équipes négligent le jeu sans ballon. Et il ne suffit pas de crier du bord du terrain « faites des appels », ça ne veut rien dire. Cet aspect du jeu demande du travail en semaine, en match, que ce soit pour les mouvements collectifs ou les mouvements individuels. Et la récompense est très souvent au bout.

Car le jeu sans ballon, c’est la clé du football moderne.   

 

Fernando Trodgraisse

Fernando Trodgraisse

Rédacteur chez Mother Soccer
Rajon Rondo du ballon rond.
Fernando Trodgraisse

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