Corée du Nord : Que sont devenus les joueurs du Mondial 2010 ?

Juin 2010. Pour la deuxième fois de l’histoire, une sélection nord-coréenne participe à une phase finale de Coupe du Monde. Depuis leur élimination au premier tour sans réelle gloire, on a bien du mal à retrouver la trace des joueurs Chollima, certaines rumeurs parlant même d’une déportation en camp de travail pour l’entraîneur. En cause, le déshonneur de toute une nation, bafouée par les roustes subies durant le Mondial. Mother Soccer a enquêté et en partie retrouvé la trace de la sélection.

Avant d’en venir aux considérations purement sportives, il est important de souligner, mais vous pouvez vous en douter, qu’il est extrêmement difficile d’obtenir quelques informations que ce soit à propos de ce pays. La Corée du Nord est l’un des pays les plus hermétiques de la planète et rien, ou quasiment rien à part la ridicule propagande atomique, ne filtre.
Comme dans toutes dictatures, le sport est une vitrine importante du régime qui voit en ses athlètes un bon moyen de mettre sa puissance en avant. Les sportifs sont d’ailleurs les seules personnes, avec les diplomates et quelques businessmans (un comble pour un régime de type stalinien), à pouvoir quitter les terres du guide suprême Kim Il-Sung.

Corée-Nord-supporters-par-Mother-Soccer

Revenons maintenant à la Coupe du Monde 2010. Les nord-coréen réalisent l’exploit de se qualifier pour le grand rendez-vous au nez et à la barbe d’équipes telles que l’Iran ou l’Arabie Saoudite. Pas avare en compliments, le régime de Pyongyang en fit des héros nationaux, des sortes d’idoles qui font briller le pays aux quatre coins du monde.

Seulement voilà, les choses vont très vite se compliquer une fois sur place. Malgré une entame loin d’être ridicule et une défaite imméritée contre le Brésil (2-1), les Chollima (du nom d’un cheval ailé indomptable mythique de l’imaginaire coréen), se font atomiser 7 à 0 par le Portugal puis désosser 3 buts à rien par la Côte d’Ivoire. Bon derniers du groupe, les joueurs craignent, et à raison…

A titre exceptionnel, la télévision nationale avait permis la diffusion du match contre le Portugal. Après le quatrième but, les téléspectateurs ne purent voir qu’un écran noir mais le mal était fait. Selon les autorités, les joueurs avaient déshonoré le pays, et en direct.

C’est l’entraîneur qui va payer le plus cher cette humiliation. Dès l’arrivée à Pyongyang, le malheureux Kim Jong-Hun (le quasi parfait homonyme de l’actuel « président ») fut porté en place publique pour y recevoir les plaintes de la foule. Un déshonneur suprême dans ce pays.
Pire encore, ce sont ses propres joueurs qui vont devoir le critiquer publiquement.
Kim-Jong-Hun-par-Mother-Soccer
Comme sanction, Jong-Hun fut destitué de son poste au sein du parti des travailleurs puis envoyé aux travaux forcés dans un camp de travail. Le coach devra ainsi porter, pendant quatorze heures par jour, des charges sur un chantier. Certes, de nombreuses sources affirment que ce fait est une rumeur, mais le fait est que l’homme est invisible depuis maintenant près de quatre ans. Et aucun moyen de connaître son sort…

Fort heureusement, les joueurs échappèrent à ce tragique destin. Malgré des « examens de conscience » et une humiliation publique, la majorité d’entre eux continuent de pratiquer ce sport à haut niveau. Aujourd’hui encore, nombre d’entre eux sont titulaires dans les clubs du pays.
Le gardien d’alors, Ri Myong-guk, héroïque mais coupable sur le but de Maicon en angle fermé joue actuellement au sein de Pyongyang City.
D’autres, tels que l’espoir Pak Nam-choi évolue au April 25 SG (le 25 avril est la date de la création de l’armée du pays, que le club représente).
Bien sûr, il est très difficile d’obtenir des informations et des statistiques sur ces joueurs. Alors pour ce qui est des images… Bien évidemment, les clubs nationaux restent confinés aux frontières terrestres de la Corée et il est hors de question de participer aux compétitions continentales.

Kaka-Corée-Nord-par-Mother-Soccer

Reste alors le championnat domestique. Bien que personne ne puisse témoigner du niveau de ces matchs, il existe bel et bien un championnat nord-coréen de football, dont la formule se divise en deux phases bien distinctes. Ces dernières années, les clubs de la capitale se taillent la part du lion dans le palmarès. Peut-être qu’un jour les autorités locales autoriseront la diffusion d’un match hors des frontières, mais c’est une autre histoire…

Cependant, certains joueurs échappent à cette censure. De la liste des 23 joueurs du Mondial 2010, trois d’entre eux évoluent à l’étranger. Un privilège possible grâce à la double voire triple identité de ces joueurs. Ainsi, Ahn Young-hak et Hong Yong-jo, le capitaine, sont respectivement partis en Japon et en Russie.
Mais, le jouer le plus « connu » de cette équipe était Jong Tae-Se, vous l’avez sûrement déjà vu, c’est le joueur qui éclata en sanglots lors de l’hymne national de son pays. Surnommé le Wayne Rooney nord-coréen pour sa puissance athlétique, il est le premier joueur du pays à avoir joué en Europe, à Bochum en Allemagne plus précisément.

Ses prestations outre-Rhin sont franchement remarquables et le joueur pèse plutôt pas mal sur le jeu de son équipe. Aujourd’hui, il évolue au Japon, dans la ville de Suwon. Drôle évolution de carrière certes, mais le privilège d’être l’un des seuls joueurs nord-coréens à pouvoir jouer et vivre hors des frontières de la dictature. Pour éviter tout « glissement idéologique » du garçon, des chaperons l’accompagnent tout de même souvent. Il ne faut jamais oublier d’où on vient…

Actuellement, il n’y a plus de joueurs issus de Corée du Nord en Europe et il n’est que peu probable que cela se reproduise de sitôt. Le pays était également absent lors de la dernière Coupe du Monde au Brésil, barré par l’Iran, trop fort pour eux.
En 1966, lors de la première participation à un Mondial, les nord-coréens tapèrent l’Italie 1-0 avant de se faire éliminer en quarts par la Portugal au terme d’un match fou. De nombreuses sources affirmèrent que les joueurs avaient été envoyés au Goulag, d’autres que ceux-ci furent traités en héros.
Corée-Nord-Portugal-1966-par-Mother-Soccer
Près de trente ans après, une équipe de journalistes britanniques brisèrent les chaines du régime et entrèrent en contact avec certains joueurs de cette épopée. Leurs témoignages nous en disent plus sur leur vie d’après, bien qu’on puisse largement douter de leur véracité.
De cette rencontre s’en est suivi un magnifique documentaire, « The match of their lives » (le match de leur vie) ou certains joueurs se rencontrent près de trente ans après, leurs costumes d’officiers bardés de médailles et une émotion bin présente malgré des dialogues savamment écrits par les autorités.

La Corée du Nord reste une énigme. Mais bien plus que toutes les rumeurs qui circulent à son sujet, des plus probables (camps de travail, persécution), aux plus farfelues (cette vidéo censée venir d’un organe de presse nord-coréen montrant, à l’aide d’images trafiquées, la victoire de l’équipe nationale au Maracana), ce documentaire complet révèle, pour une fois, les mystères si bien gardés de ce pays si secret.

Walter Panzani

Responsable des publications chez Mother Soccer
Apôtre du beau-jeu et de la blessure gratuite, je pense que si le ballon peut passer, ce n’est pas forcément le cas du joueur. Valenciano depuis plus de quinze ans, j’ai souffert de voir Marius Stankevicius défenseur central de mon équipe. Passionné par le monde des ultras et par le football de l’ancien bloc de l’est, j’aurais bien envie de craquer un fumi dans un kolkhoze.
Walter Panzani

Apôtre du beau-jeu et de la blessure gratuite, je pense que si le ballon peut passer, ce n’est pas forcément le cas du joueur. Valenciano depuis plus de quinze ans, j’ai souffert de voir Marius Stankevicius défenseur central de mon équipe. Passionné par le monde des ultras et par le football de l’ancien bloc de l’est, j’aurais bien envie de craquer un fumi dans un kolkhoze.

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5 Discussion to this post

  1. Tiffany dit :

    Juste pour être sûre… Je pense que Suwon ou évolue Jong Tae-Se est en Corée du Sud…

  2. Nail dit :

    C’est long comme article pour dire que vous avez aucune info ou presque. Les seuls infos fiables c’est qu’il n’ait rien arrivé aux joueurs et qu’ils jouent dans leurs clubs comme avant.. Scoop !

  3. Toto dit :

    On ne dit pas des « businessmans », mais des « businessmen ».

  4. M dit :

    Pour les joueurs de l’équipe de Corée du nord de 1966 il avait également été dit qu’ils avaient fini aux travaux forcés , mais comment en être sur ???

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