Coup de projo sur le pivot

Le football est souvent évoqué comme étant « le reflet de notre société », il est donc lui aussi en constante évolution. Que ce soit dans sa diffusion au monde, dans son économie, dans sa place dans la société, ou tout simplement dans son jeu. Les tendances de style de jeu se succèdent au fil des époques, et avec elles le rôle de certains joueurs. Et actuellement, il est un type de joueur qui semble de moins en moins trouver sa place : l’attaquant pivot.

Analyse de la situation actuelle du poste 5 du football.

         

Dans le football de 2016, les attaquants doivent être certes buteurs, mais surtout rapides. Le jeu s’accélérant, et se basant très souvent sur des contre-attaques – parfois dues à des entraîneurs à court d’idées d’autres schémas tactiques – les joueurs offensifs se doivent d’être rapides et vifs. Qu’ils soient évidemment sur les ailes, mais aussi dans l’axe. Et la liste d’exemples est longue : Coman, Ronaldo, Dembele, Reus, Bale, Sterling, Robben, Aubameyang, Griezmann, Vardy, etc.

Le pivot " MDR "

Le pivot « MDR »

Mais alors, quid des pivots ? Ces attaquants, qui pour la plupart pourraient contenir 3 Valbuena et 2 Sammaritano, semblent être petit à petit mis à l’écart. Voire même plus que cela. Car en raison de leur style atypique qui ne s’applique pas aux standards de l’attaquant moderne type FIFA, ils sont moqués. Parfois moins techniques, moins agiles, moins vifs, certains en oublient qu’ils sont une alternative très intéressante, voire nécessaire.

Mais jouer avec un pivot n’est pas la solution la plus facile. L’entraîneur se doit de réfléchir de manière plus approfondie la construction du jeu. Il faut par définition s’appuyer sur lui, et c’est donc tout un schéma que l’on doit créer autour, ainsi que des affinités techniques, ce qui peut prendre du temps.

On comprend alors mieux pourquoi Didier Deschamps « s’obstine » à faire jouer Olivier Giroud, point d’encrage pour l’Equipe de France, et avec lequel ses coéquipiers aiment évoluer …

En plus d’être un repère sur le terrain, le pivot pèse sur les défenses, attire son attention permanente, et libère donc les autres joueurs offensifs. Étant très souvent considéré (à tort) comme un joueur peu élégant, il permet cependant quelques fois de créer des actions admirables et très agréables à regarder.

En témoigne ce but fantastique d’Arsenal avec la double utilisation d’Olivier Giroud en pivot.

 

Bien évidemment, nous n’allons pas mettre tous les pivots dans le même sac. Comme pour chaque poste, il y en a des plus techniques, plus élégants, plus intelligents que d’autres. Il est certain qu’en Ligue 1, avec des Pesic, Brandao, Diabaté, nous sommes particulièrement mal pourvus. Mais à l’étranger, nombreux sont les pivots de bonne, voire très bonne qualité, comme Lukaku, Benteke, Giroud, Dzeko, ou Dzyuba, et dont certains, pour des raisons multiples, ne sont parfois pas utilisés de la meilleure façon qui soit.

Un duel avec Pepe/Ramos aurait de la gueule ...

Un duel avec Pepe/Ramos aurait de la gueule …

Selon Lucas Gibert, spécialiste du sport américain, gérant de soccerfrance.fr et de l’ex-site internet sportsamerica.fr, au basket, « un très bon pivot c’est tout d’abord un mec complet ». Il estime que « les très grands pivots sont généralement ceux qui ont aussi une vraie capacité à manier le ballon, à trouver de bons moves au poste, à faire des écrans intelligents (et non pas se transformer en mur « bête ») ». On peut alors faire le lien avec le football : ce qui définit un joueur en tant que pivot n’est finalement pas tant son physique que son intelligence de jeu. D’où l’écart notoire entre un Brandao et un Giroud …

Lucas Gibert rajoute que « les américains ont toujours de bons attaquants pivots. On voit souvent des tactiques tirées du basket dans les « playbooks » des coaches US ». Le pivot est donc un type d’attaquant que l’on forme sérieusement et qui intéresse outre-Atlantique. Peut-être devrions-nous, du moins en France, prendre exemple sur eux dans ce domaine …

L’utilisation ou non de pivots serait donc due à une mentalité et une philosophie de jeu, plutôt qu’à un réel manque de joueurs de qualité. Même si le football évolue, il serait dommage de se passer de joueurs de ce style, qui permettent une grande variété dans l’approche tactique (voire psychologique) d’un match. Tout comme des dribbleurs ou des latéraux offensifs (qui le sont parfois trop), formons aussi les Hakeem Olajuwon et Dwight Howard du ballon rond : des joueurs certes physiques, mais surtout, intelligents et décisifs.

Espérons qu’à l’avenir, nous saurons utiliser plus de joueurs de ce style, dans l’intérêt du jeu et de sa diversité.

Fernando Trodgraisse

Fernando Trodgraisse

Rédacteur chez Mother Soccer
Rajon Rondo du ballon rond.
Fernando Trodgraisse

Les derniers articles par Fernando Trodgraisse (tout voir)

Vincent de la Forest

Rajon Rondo du ballon rond.

Related Posts

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *