Dupraz plus personne

Tout comme Neymar, Ranieri ou Fekir, Pascal Dupraz est l’un des personnages forts de notre championnat. Étant entraîneur du Toulouse Football Club, c’est un véritable exploit. Dans son style bien particulier, il a su apporter un peu de lumière sur son nouveau club. Et énormément sur lui. Beaucoup trop même. Jusqu’à l’aveuglement.

Merci, mon commandant

L’histoire commence le 02 Mars 2016. Avec 10 points de retard sur le 17ème Reims, le TFC est déjà, dans la tête de tout le monde, condamné à la Ligue 2. Un homme est alors dépêché pour sauver l’honneur du club dans les dernières rencontres qu’il reste à jouer : Pascal Dupraz. L’ex entraîneur d’Evian Thonon Gaillard réussira au-delà des espérances, puisqu’en maintenant le club en Ligue 1 lors d’une ultime journée complètement folle, il réalise un exploit qui restera l’une des plus belles pages de l’histoire du club violet.

Soir de miracle à Angers.

Donner confiance aux joueurs, croire en eux, les pousser à chaque seconde comme un père le ferait pour son fils, voilà les ingrédients qu’a utilisés Pascal Dupraz pour que le groupe croie petit à petit au miracle. Pas de bouleversement tactique, mais ce n’était certes pas ce qui importait à l’époque. Le résultat était là : le club restait en Ligue 1. Dupraz l’avait sauvé.

Une certaine « Dupraz mania » s’est alors emparée de la ville rose. Toulouse avait (enfin) un héro, et si une poignée de supporters restait dubitative et prudente quant aux futurs mois, car il fallait désormais construire quelque chose, la majorité était prête à donner les pleins pouvoirs au surnommé « Dieupraz ». C’est d’ailleurs ce qu’a fait le président Olivier Sadran, qui en vidant l’armoire des joueurs indésirables et en recrutant notamment Jullien, Durmaz et Toivonen (puis Jean et Delort durant le mercato hivernal), lui permettait de repartir avec du très bon matériel entre les mains.

 

Très vite, les limites

La saison suivante fut finalement plus contrastée que prévu. Malgré un bon début qui surfait sur la vague du maintien, avec des victoires à domicile sur Paris et Monaco, le TFC retomba rapidement dans ses travers classiques. En dépit de l’arrivée de joueurs de qualité, le semblant de style de jeu qu’avait instauré Dupraz (pressing très haut par petits groupes de joueurs, montées régulières des latéraux) n’a pas duré. Très vite, les résultats sont devenus plus mitigés, et l’équipe ne compta bien trop souvent que sur des exploits individuels ou des coups de pied arrêtés. Avant même la trêve, l’équipe avait déjà perdu son identité, pour finalement finir la saison sur une décevante 13ème place.

Des conférences de presse aussi gênantes que les matchs de son équipe.

Petit à petit, des supporters puis des observateurs du foot ont mentionné le manque de jeu, de cohésion, et la faiblesse tactique de l’équipe de Dupraz. À partir de ce moment, les conférences de presse, qui au début pouvaient amuser la galerie, sont vite devenues le même sketch répété en boucle. Ses réponses aux questions devinrent ou des tirades maniérées pseudo-philosophiques, qui ne répondent en rien au problème soulevé ; ou des attaques directes envers « ces connards de journalistes » (avec qui il avait travaillé avant de signer au TFC), les spectateurs (il est prêt « à aller au casse-pipe dans les tribunes »), ou envers ses propres joueurs derrière lesquels il cache constamment son manque d’idées.

Et les choses ne vont pas en s’arrangeant. Aujourd’hui, le club de la ville rose se classe en 15ème position après 16 journées. Sans réel match référence, le contraste entre la qualité intrinsèque des joueurs de l’effectif (Lafont, Diop, Imbula, Gradel, Durmaz, Toivonen, Delort, Sanogo) et le niveau de jeu produit est saisissant. Cela fait donc un an que le TFC de Dupraz régresse, alors que la qualité de l’effectif dont il dispose semble sur le papier s’être améliorée. Un constat d’échec implacable.

Le TéFéCé jouera donc très certainement le maintien cette saison. Mais peut-être est-ce une stratégie de l’entraîneur afin de briller à nouveau lors de la dernière journée, qui sait ? Dupraz, ce génie incompris.

 

Personnage particulier

Le fier savoyard a beau user de mille artifices pour s’en cacher, la vérité saute aux yeux : ce n’est pas un bon coach. Ni même un coach moyen. Quelqu’un sur qui un club professionnel ne peut construire durablement, puisque sa seule arme repose sur l’état d’esprit. Mais un personnage très souvent agressif, mégalomane, et désagréable est-il réellement ce que l’on peut appeler un exemple en la matière ?

Sans cesse au cœur de polémiques avec des coachs, des journalistes ou des consultants – car Dupraz déteste le moindre soupçon de critique –  le « technicien » a également souvent des problèmes avec ses joueurs. Il a écarté Daniel Wass à Evian, et a plusieurs fois été en froid ou au clash avec quelques-uns des joueurs du Toulouse Football Club. Et forcément, cela a des répercussions sur le terrain. Car quand le seul message que vous savez bien faire passer est brouillé, il ne reste pas grand chose à transmettre. Avoir du caractère, c’est bien. Savoir s’en servir à bon escient, c’est mieux.

Celui qui se désolait d’être catégorisé seulement comme « un meneur d’hommes » peut finalement se rassurer : il n’en n’est pas un très bon non plus.

« On joue en 4-1-4-Des couilles ! »

 

L’arrivée de Dupraz à Toulouse a apporté un vent frais, qui s’est rapidement estompé, pour aujourd’hui n’être pas très loin d’un vent de panique.  

Dans Le Livre de la Jungle, Baloo a dit : « Eh là eh là minute. On se permet pas de parler si fort quand on est aussi petit ». Nul doute qu’il s’adressait à Pascal Dupraz.  

Fernando Trodgraisse

Fernando Trodgraisse

Rédacteur sur MotherSoccer chez Mother Soccer
Une-deux entre Toulouse et Liverpool, l’esthétisme d’Özil et la hargne de Ninkov, l’analyse et la bêtise. Rajon Rondo du ballon rond.
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