État de Grèce, hélas.

En cette période de championnats du monde d’athlétisme, comment ne pas penser à la Grèce, berceau du sport et de la civilisation ? La meilleure des civilisations étant celle qui place le football au centre du monde, c’est logiquement que nous nous sommes penchés sur le football grec. Si vous vous êtes arrêtés en 2004 avec le but de Charisteas contre la nation du joueur-qui-nous-a-crucifié-à l’Euro-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, il est temps de faire un petit tour en terre de foot hellène. 

Les Dieux de l’Olympe

Comme dans beaucoup de championnats « mineurs » d’Europe, un ou deux gros clubs se détachent largement et dominent les tableaux du palmarès. Pour le championnat grec, il s’agit indiscutablement de l’Olympiakos. Le club du Pirée (port d’Athènes) ne compte pas moins de 44 titres de champion de Grèce, dont le dernier en date fut le septième d’affilée, performance que le club avait déjà réalisée de 1997 à 2003. Deux fois l’exploit de l’Olympique Lyonnais, en seulement 20 ans ! Par comparaison, le second club en terme de palmarès a plus de deux fois moins de trophées de champion dans son armoire : « seulement » 20 pour le Panathinaïkos. Pour terminer le podium, l’AEK Athènes compte lui 11 titres de champion, mais cela fait 23 ans que les jaunes et noirs n’ont plus soulevé le trophée national ultime.

L’Europe : vert et pas mûrs 

Pour retrouver la trace d’un club grec en finale de coupe d’Europe, il faut remonter 46 ans en arrière, et la défaite du Panathinaïkos en C1 face à l’Ajax Amsterdam. Plus récemment, les plus grands faits d’arme du football grec en compétition européenne l’ont été par l’intermédiaire (encore) du Pana : 1/4 de finaliste de la Ligue des Champions en 2002, et 1/4 de finaliste de la Ligue Europa en 2003. Si l’Olympiakos est roi en son pays, c’est donc bien le rival vert qui se démarque en Europe.

Cependant, 14 ans sans présence parmi les huit dernières équipes d’une compétition, c’est beaucoup trop. Même pour une nation comme la Grèce. Il est bon d’avoir des locomotives, mais si elles ne sont pas performantes sur la scène européenne, alors c’est tout le football national qui en fait les frais. Et nous, français, sommes bien placés pour le savoir. Résultat : le champion n’est plus directement qualifié en Ligue des Champions, et l’indice UEFA a fortement chuté : tombé 15ème, derrière l’Autriche, la République Tchèque ou l’Ukraine.

Crises à la chaîne

2016. Match PAOK vs Olympiakos.

La grosse crise économique qui a touché le pays n’a évidemment pas épargné le monde du football.  Les clubs sont victimes de leurs soucis financiers : certains comme le Panathinaïkos sont criblés de dettes et ne paient pas à temps leurs joueurs. Selon Martial, membre du compte Twitter @footgrec spécialisé dans le football grec, « cela n’a pas arrangé le délai de paiement des primes/salaires qui a toujours été un mal bien répandu en Grèce ». De plus, les droits TV n’augmentant pas, « cela rend encore plus précaire la situation de clubs pour qui c’est la seule rentrée d’argent ». C’est donc tout l’organigramme des clubs qui en pâtit, mais également les entreprises liées au monde du ballon rond .

Quant aux fans, beaucoup ont déserté les stades, le football étant devenu un soucis mineur dans la vie de gens qui ont d’autres dépenses prioritaires. Malheureusement, selon @footgrec , les problèmes d’argent ont entraîné de la violence dans les stades : pour le début de saison, les 4 gros clubs ont écopé de 17 matchs à huis clos. La crise économique a donc installé un cercle vicieux dans lequel le football grec semble s’enliser, et qui dépasse malheureusement l’aspect économique.

Et maintenant ?

Mais alors, comment la routourne peut-elle tourner ?

Revivra-t-on la même scène de joie lors de la Coupe du Monde en 2018 ?

Chez @footgrec, on semble plutôt optimiste. On estime que les clubs ont finalement compris les erreurs qu’ils avaient commises (« surpayer les joueurs étrangers cramés »), et qu’ils se tournent désormais plus vers la formation de jeunes, qu’ils vont ensuite pouvoir vendre à de bons clubs en Europe. D’ailleurs, nombreux sont les joueurs grecs évoluant dans des clubs ambitieux : Mitroglou (Benfica), Manolas (AS Rome), Papastathopoulos (Dortmund) ou encore Holebas (Watford).

Autre point positif : la sélection. Si la phase de qualification à l’Euro 2016 en France a été catastrophique pour la Grèce (dernière du groupe derrière la Finlande et les Îles Féroé), aujourd’hui le pays est en lice pour jouer les barrages de la Coupe du Monde 2018. Deuxième de son groupe derrière la Belgique, tout est encore possible pour la sélection de Michael Skibbe, qui reste sur quatre victoires de rang.

« La Grèce est un pays de foot. Peu importe ce qui se passe dans la société, les gens ne cesseront jamais d’aimer ce sport. Il reste de l’espoir. »

 

Le football grec semble avoir connu l’une des pires périodes de son histoire. Entre l’absence en Europe et la crise qui est venue complètement plomber la situation économique, mais aussi sociale, le monde du ballon rond était en asphyxie. Loin d’être remis, les jours à venir laissent pourtant espoir. Si l’économie ne promet pas de grands changements ( « Novasports essaie même faire baisser les droits TV » ), la mentalité des clubs semble changer. Place à la formation, au travail de l’ombre, à la reconstruction lente, mais sûre, pour redonner des couleurs au pays. 

Le renouveau passera peut-être par la sélection. Rendez-vous en Russie ?

 

Fernando Trodgraisse

Fernando Trodgraisse

Rédacteur sur MotherSoccer chez Mother Soccer
Une-deux entre Toulouse et Liverpool, l’esthétisme d’Özil et la hargne de Ninkov, l’analyse et la bêtise. Rajon Rondo du ballon rond.
Fernando Trodgraisse

Les derniers articles par Fernando Trodgraisse (tout voir)

Vincent de la Forest

Une-deux entre Toulouse et Liverpool, l’esthétisme d’Özil et la hargne de Ninkov, l’analyse et la bêtise. Rajon Rondo du ballon rond.

Related Posts

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *