FIFA : it’s not the game

Chaque septembre, c’est le rendez-vous des fans de foot et de jeux-vidéo. La sortie du nouveau Fifa, qui annonce pour beaucoup de longues et passionnantes heures de jeu entre potes, en solo ou en ligne. Mode carrière, Fifa Ultimate Team, ou tout simplement matchs amicaux, nombreux sont les modes de jeu sur lesquels de milliers de fans s’éclatent manettes en main. Mais attention à ne pas confondre virtuel et réalité.

Au fil des années, FIFA est devenu bien plus qu’un simple jeu sympathique, mais une sorte de référence footballistique, « la Bible des fans de foot ». La part très importante qu’il a pris dans la vie de beaucoup peut malheureusement conditionner une certaine vision du football. Celle d’un jeu rapide, ultra-offensif, basé principalement sur la vitesse, souvent au détriment de la construction du jeu. Preuve en est : les nombreux classements publiés récemment, faisant éloge des « 20 joueurs les plus rapides de FIFA 18 ». Comme nous l’écrivions dans notre apologie de la lenteur, mettre presque systématiquement en avant la vitesse avant l’intelligence de jeu est regrettable, et peut déformer la vision du foot de quelques-uns.

Fifa est donc non seulement présent dans la vie des fans, mais également dans celle des footballeurs eux-mêmes. À l’image des joueurs de NBA avec les jeux de basket de 2k, de plus en plus de professionnels interpellent Electronic Arts pour afficher leur étonnement, et parfois leur mécontentement quant à leurs notes dans le jeu. Récemment, Benjamin Mendy et Michy Batshuayi ont directement réagi via Twitter. Si cela se fait principalement sous le ton de l’humour, avec parfois du chambrage de la part d’EA, la persistance dont certains font preuve démontre bien toute l’importance qu’a pris ce jeu dans leur esprit. Fifa semble préoccuper les joueurs. Leurs prestations n’en sont très certainement pas affectées, mais cela détonne tout de même d’un état d’esprit assez étrange quant à la relation avec leur sport.

Les notes sont donc devenues un sujet de débats, et bien plus alarmant, parfois sujet de classement des joueurs « dans le vrai football ». Selon une logique purement virtuelle, si untel à une note inférieure à 80, c’est qu’il est « bidon » : quand on ne connaît pas bien un joueur, on va directement voir ses notes dans le jeu Fifa, ce sacro-saint.

Ce même traitement a lieu à l’égard de certains profils, comme les joueurs plus lents ou les pivots. S’ils ne sont pas utiles ou appréciés dans le jeu vidéo, c’est forcément qu’ils ne le sont pas sur le terrain. Par conséquent, jouer avec des équipes se projetant très vite vers l’avant, comme le Borussia Dortmund, le Real Madrid ou Liverpool, s’avérera bien souvent plus efficace et facile que d’utiliser des équipes plus lentes et basées principalement sur la construction du jeu.

Si Fifa tend à résorber cet effet à chaque nouvelle sortie du jeu, cela reste tout de même une constante assez claire. Et sur ce point, son rival PES de Konami semble avoir quelques longueurs d’avance. Le Monde décrit même ce dernier comme « l’éloge du joga bonito », qui plaira donc certainement plus aux puristes du vrai jeu, du vrai football. Tout en restant une simulation, qui ne sera jamais et en rien une référence.

Dans la tête de certains, notamment beaucoup de jeunes, Fifa semble avoir tendance à devenir plus réel que le terrain. Ou plutôt, Fifa semble se créer sa propre réalité, dans laquelle de nombreux fans tombent aisément. Le temps passé à jouer au jeu vidéo éclatant largement celui dédié à la pratique ou au visionnage de matchs, il paraît malheureusement normal que beaucoup s’imprègnent d’une réalité déformée.

C’est bateau, mais cela ne fait pas de mal de le rappeler : Fifa n’est qu’un jeu, ce n’est pas le jeu.

Fernando Trodgraisse

Fernando Trodgraisse

Rédacteur sur MotherSoccer chez Mother Soccer
Une-deux entre Toulouse et Liverpool, l’esthétisme d’Özil et la hargne de Ninkov, l’analyse et la bêtise. Rajon Rondo du ballon rond.
Fernando Trodgraisse

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