Voyage au coeur du football Martiniquais

Trop loin du vieux continent, et culturellement éloignée de l’Amérique du Sud, la Martinique est cette île avec le cul entre deux chaises quand il s’agit de parler ballon rond. Le pays qui a vu venir le roi Pelé dans son antre, qui parle encore du « Cerbère » Gérard Janvion dans ses vieux bars, et qui admire Julien Faubert comme les jeunes métropolitains acclament Karim Benzema a beau être à cinq ou six heures de décalage horaire de la Ligue 1, dès que Stéphane Lannoy siffle le début de la rencontre, l’île s’arrête de respirer. Décryptage de Mother Soccer au pays de Steeven Langil.   

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Martinique : le football vrai

A l’image de Wendie Renard, capitaine de l’Equipe de France féminine de football, la Martinique est ce lopin de terre situé dans les Caraïbes dont la culture du football n’est pas sexuée. Homme, femme, enfant et vieux sage, le football est né il y a bien longtemps et rassemble tous les habitants de l’île.

Profondément ancré dans la tradition Antillaise, le football martiniquais a vécu deux vies sur les terrains de Fort-de-France, jusqu’à l’arrivée du roi Pelé, lors du premier match officiel de la sélection Martiniquaise de football, face à Santos. Arrivée d’importance quasi politique de Santos qui devait sauver le football martiniquais en berne. L’histoire laissera malheureusement deux faces au rêve antillais : certes le roi est venu sur ces terres, mais il n’a montré qu’une infime partie de son talent, au grand damne des locaux venus fêter le retour du football.

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Les Antilles : pépinière du football français

De nombreux jeunes footballeurs d’Outre-Mer migrent chaque année vers la Métropole pour intégrer les centres de formation des clubs professionnels français. Les migrations des joueurs originaires des Antilles constituent depuis de nombreuses années un réseau du recrutement pour les clubs professionnels du football français riche en talent. Si la Beauce est le grenier de la France, les Antilles est la pépinière du football de notre patrie : Marius Trésor, Jocelyn Angloma, Bernard Diomède, William Gallas, Thierry Henry, Lilian Thuram, Sylvain Wiltord, Xercès Louis, Gérard Janvion, Nicolas Anelka et Eric Abidal … la liste des footballeurs Antillais est longue. A tel point que si nous devions nous jeter en arrière et regarder la liste des champions du monde 1998, on y découvrirais pas moins de 3 Antillais.

Aujourd’hui, les stars locales sont Emmanuel Rivière ou encore … Julien Faubert. Le bordelais a même joué pour la sélection de la Martinique très récemment, récoltant les louages des supporters locaux, et l’indignation des Guadeloupéens, persuadés d’avoir été volés alors qu’ils jouaient la Coupe de la Caraïbe des nations face aux Martiniquais qui revenaient du pays voisin la victoire heureuse avec un joueur qui connait maintenant la double – mais cependant même – nationalité. Il n’en fallait pas moins pour que la mauvaise foi des Guadeloupéens (qui a déjà joué avec Pascal Chimbonda) ne vienne envenimer les relations – déjà tendues – entre les deux îles.  En même temps les gars, Chimbonda …

Les stars locales sont maintenant sur le vieux continent et brillent avec les grandes écuries européennes : de Coridon lors de son époque PSG en passant par Piquionne, Rambo et Bocaly, le championnat Martiniquais est encore amateur et très limité.

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La Coupe de France : la Martinique en rêve encore

Entre championnats locaux faibles et jeunes talents partis tôt pour la Métropole, entre sélections de Martinique et de France, le football martiniquais ne sait pas trop sur quel pied danser. Que ce soit Juventus de Sainte-Anne, Siroco des Abymes, Essor-Préchotain ou encore les Golden Lion, ces clubs de niveau de la division d’honneur n’attirent que peu les regards des métropolitains. Est-ce parce qu’ils sont séparés de plus de 7 000 km, ou parce-que finalement nous ne prêtons aussi aucun intérêt au ES Connerre ?

En Martinique, il n’y a pas d’ascension vers un niveau supérieur. Ainsi, les clubs avec un minimum d’investissement dans les transferts peut rapidement creuser l’écart et commencer à empiler les trophées au club-house. La seule manière de pouvoir titiller plus fort que soi c’est de lutter pour la Coupe de France. Mais pour ça … il faut déjà taper l’ensemble du 972 et du 973. Cette année, Mother Soccer était à la finale du 6e tour, au stade Pierre-Aliker pour espérer voir une équipe germer et aller plus loin que le 32e de finale de la Coupe de France, ce qui n’est encore jamais arrivé pour un club Martiniquais.

Les Golden Lion de Saint-Joseph : de la route à la déroute pour Saint-Denis

Les Golden Lion, actuellement premiers du championnat et renforcés par l’arrivée de l’ex-meilleur buteur José Goron vont à l’abordage des Aiglons, actuellement huitièmes du championnat. Dans un stade rangé aux couleurs des Aiglons du Lamentin, ce sont les « plus professionnels » qui prennent rapidement le contrôle du ballon, pour mener 2-0 à la mi-temps. Ambiance carnavalesque pour ce match, qui changera radicalement en seconde période avec l’expulsion idiote du gardien des Golden Lion pour avoir gagné beaucoup trop de temps. Coup fatal, ou tactique de maitre ? Les Aiglons du Lamentin représenteront la Martinique en Coupe de France après leur victoire 4-3.

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Cette victoire inespérée et inexplicable dans les tribunes permet aux langues de se délier et aux supporters d’argumenter sur un point symptomatique de la Martinique : la maladie de son football.

La Martinique malade du football-business

En tribune, il y avait cet homme qui donnait de la voix. C’est le père d’un footballeur qui a décidé il y a quelques années de quitter l’île pour se former en Métropole. Joueur de l’INF Clairefontaine de la génération Thierry Henry, Jérôme Rothen et Williams Gallas, son fils évoluera avec les deux derniers à Caen, ou il ne dépassera pas le stade professionnel, à cause d’une grave blessure qui lui fera terminer sa carrière sur les routes de la Martinique.

La père qui n’a pas quitté les stades depuis sa tendre enfance vient évaluer les jeunes joueurs du pays pour les conseiller, comme il le faisait pour son fils. J’ai même eu une proposition pour aider l’attaque du Club Franciscain, mais mon coeur aura eu raison de ma réponse : j’attends l’appel de l’AJ Auxerre. Son nouveau poulain était sur le terrain ce soir là, et devait faire avec les consignes de son coach, et celles de son mentor. Entre deux conseils avisés, celui qui ne se disait pas tacticien du football, mais amateur amoureux depuis plus de 50 ans revenait sans cesse sur la maladie du football, apportée par l’argent. Ici, le championnat est à une vitesse : le seul club qui a un peu d’argent va « acheter » tous les meilleurs joueurs de l’île et appauvrir un championnat qui souffre depuis de longues années.

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Ici, on ne supporte pas une seule équipe, car on a besoin de rêver au moins une fois par semaine. Beaucoup supportent l’AS Saint-Etienne depuis que le Cerbère Gérard Janvion a porté les couleurs des verts, et d’autres supportent le Paris Saint-Germain, encore grâce à Janvion, mais aussi parce que Coridon … mais aussi le Qatar.

la Martinique, ce havre français connait le football mieux que quiconque en Métropole. Apôtres du football vrai, ambassadeurs d’ambiances en tribune et adorateurs des gloires du passé, les plages de Fort-de-France, des Trois-Îlets ou de Sainte-Anne ne s’endorment pas uniquement dans les bras de Joséphine, mais dans les pieds de Marius Trésor.

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Discussion about this post

  1. 971padomi dit :

    Bonjour,très bon article mais vous n’avez pas cité COURIOL.

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