Football, tu me brises le cœur

Nous, amoureux du football, sommes bienheureux de vivre pareille époque, où tous les matchs sont télévisés, analysés et décortiqués à la radio, à la télé, et dans les journaux. Le football a pris une place majeure dans la culture et la société, et même une fois la saison terminée, on parle de mercato, de préparation physique, de matchs amicaux, etc. Bref, nous sommes de réels pourris gâtés, et nous pouvons mettre un prix assez déraisonnable pour le rester. Et pourtant, nous courons un danger. Bien que tous nos écrans diffusent du football, il risque d’être difficile de rester aveuglément amoureux. En cause : les récentes réformes prises, qui deviennent de plus en plus nocives pour les romantiques fans de foot.

 

La vidéo

C’est naturellement la plus importante, et celle qui fait le plus débat. L’assistance à l’arbitrage vidéo, qui a longtemps fait fantasmer une certaine partie des amateurs et acteurs de football, a été progressivement mise en place dans quelques championnats, et va désormais être utilisée pour la Coupe du Monde 2018 en Russie. Si le côté « éthique » et « déontologique » de la vidéo dans le foot continue de faire débat – ce qui n’est pas franchement un signe très positif – (MotherSoccer étant farouchement contre), l’aspect technique et pratique de son utilisation est lui beaucoup plus inquiétant. Car après plusieurs mois et de nombreuses polémiques, absolument rien ne conforte ni ne justifie son utilisation si précipitée lors de la plus grande compétition sportive du monde. Les arbitres, les joueurs, les spectateurs, les téléspectateurs : personne ne semble réellement prêt, autant techniquement que dans l’esprit. Ses modèles d’application semblent encore flous, même pour les arbitres. Son utilisation morcelle de façon beaucoup trop importante le temps de jeu effectif. Des décisions arbitrales qui semblent bonnes sont totalement biaisées, tordues, et parfois changées à tort suite à l’utilisation de la vidéo. Bref, en plus de changer la profonde nature du football (instinctif, fluide, rapide, continu), elle n’est absolument pas au point. Ceux qui étaient contre le sont donc davantage, et ceux qui étaient pour sont de plus en plus nombreux à changer complètement d’opinion, devant la multiplication des fiascos. Pourtant la mesure est prise coûte que coûte, et cette attitude du « Le foot, c’est moi » qu’adoptent les instances pourrait créer une fracture avec bon nombre d’amoureux du football.

Le mercato

Dans 6 mois il signe à City.

L’UEFA a eu une nouvelle magnifique idée : dès la saison prochaine, un joueur qui aura fait la phase de poule de la Ligue des Champions avec son club pourra en rejoindre un autre et disputer les matchs à élimination directe, chose qui était jusqu’alors impossible. Les clubs encore engagés dans la compétition pourront donc recruter jusqu’à 3 joueurs ayant déjà disputé le début la Ligue des Champions dans une autre formation. Le mercato hivernal, qui était censé n’être qu’un mercato d’ajustements et limiter les gros transferts, va donc désormais les encourager ! De quoi également pousser des joueurs toujours plus puissants à partir au clash avec leur club. « Nous vénerons des Totti, Gerrard, Puyol, Giggs, mais faisons tout pour qu’il y en ait le moins possible ». Au cours d’une saison, nous serons donc susceptibles de voir deux différentes équipes : une d’août à décembre, et l’autre de janvier à mai (car 3 joueurs suffisent pour changer complètement un style). Voici une conception bien étrange de « l’équité et la justice sportive », pourtant tellement recherchée par les aficionados de la vidéo… Il sera bien plus difficile de s’attacher à des joueurs et à un onze, et le supportérisme de club va en pâtir fortement face au terrible supportérisme de joueur.

Les mêmes clubs

Toujours dans le cadre de la Ligue des Champions, une autre réforme de l’UEFA, concernant les qualifications en phase finale, peut en décevoir beaucoup. Dès la saison prochaine, les quatre championnats majeurs (Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie) bénéficieront de 4 places automatiquement qualificatives pour la Champions League, sans passer par des barrages. Cela fait 16 places réservées d’office à ces championnats, et pose clairement un problème d’équité. Car si les gros sont avantagés par rapport à des championnats moins puissants, ce qui peut sembler assez logique, le déséquilibre que cela crée désormais semble bien trop grand. La Ligue des Champions, qui s’est un temps ouverte aux bons clubs des pays de l’est et du nord qui méritaient d’y participer, fait désormais un immense pas en arrière, en se refermant encore un peu plus. Nous risquons donc de retrouver inlassablement les mêmes équipes. Ce sentiment de « caste » qu’instaure cette réforme est tout le contraire de ce que doit véhiculer le football, et risque de lasser une grande majorité de clubs et de supporters, pourtant si friands de belles histoires et de surprises.

Plus pour gagner plus

Nous avons l’impression que tout est fait à l’envers. D’un côté on ferme un peu plus la porte de la plus grande compétition de clubs, de l’autre on ouvre beaucoup trop celle du football des nations. Déjà l’Euro 2016 était passé de 16 à 24 sélections sans que l’on comprenne réellement pourquoi, ni que l’on soit franchement convaincus ou satisfaits de cette réforme, si l’on se réfère au niveau de jeu durant la compétition. Mais aujourd’hui, c’est au tour de la Coupe du Monde d’être sujette à un énorme élargissement. En effet, l’Amérique du Sud a récemment réclamé un passage de 32 à 48 nations pour la prochaine compétition, en 2022 au Qatar. Si cela n’est pas encore d’actualité, nul doute que ce n’est qu’une question de temps. Les mêmes personnes qui font tout pour avoir du Real – Bayern – Barcelone chaque année sont prêtes à proposer des Vanuatu-Canada ou  Estonie-Lesotho en Coupe du Monde. Soit.

Ah oui, tiens, il y a une nouvelle compétition incompréhensible de merde.

 

Si la vidéo pourrait être mise à part sur ce point, un élément majeur relie toutes ces réformes : l’argent. Nous ne sommes pas anti-argent, et nous ne sommes pas naïfs : l’argent (des droits télé, des sponsors,etc) fait partie du football et apporte énormément aux clubs, comme aux joueurs, comme aux supporters. Mais force est de constater que seul cet aspect est pris en compte dans ces décisions. Peu importe ce que pensent les joueurs ou les « consommateurs » de football, mais surtout, peu importe l’impact sur ce sport.

 

Les choses changent, et visiblement le football ne fait pas exception. Alors pourquoi faire ce constat, puisque nous ne pouvons rien y faire ? Tout simplement pour sortir un cri de peur. La peur de voir le football que l’on aime se transformer si profondément que nous ne le reconnaîtrons bientôt plus. La peur de voir cet amour s’estomper et laisser place à une sorte de détachement, sans ne rien pouvoir y faire. La peur enfantine de voir des gens jouer avec notre sport, sans savoir dans quel état il nous le rendront. La peur qu’un jour, nous ne sachions plus dire : football, je t’aimais, je t’aime, et je t’aimerai.

 

Fernando Trodgraisse

Fernando Trodgraisse

Rédacteur chez Mother Soccer
Rajon Rondo du ballon rond.
Fernando Trodgraisse

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Rajon Rondo du ballon rond.

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