J’ai mal à mon foot #2 : Fair-Play Financier

Le football est depuis plusieurs années un peu plus qu’un sport : c’est un véritable business au même titre que la finance, la publicité ou la drogue. Car oui, le football connaît des transferts mirobolants, des matchs truqués, des paris étranges ou des commissions occultes.
Avec les récentes entrées en bourse de clubs tels que Manchester United ou l’Olympique Lyonnais, certains dirigeants préfèrent gagner de l’argent que des titres…
Alors l’ancien grand 10 des Bleus qu’est Platoche, désormais patron de l’UEFA, a décidé de mettre un coup de pied dans la fourmilière grâce au fair-play financier. Mais qu’est-ce que ça donne réellement ?

 

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 Football et argent font bon ménage

Une idée parmi tant d’autres

« On ne peut pas vivre avec des milliards d’euros de déficit sans en payer les conséquences ». Aussi surprenant que ça puisse l’être, cette phrase n’est pas de Jean-Luc Mélenchon mais bel et bien de Michel Platini. En accédant à la tête de l’Union Européenne de Football (UEFA) le 26 Janvier 2007, Michel Platini est arrivé dans un monde de requins où comme s’aimait à le rappeler Rabelais dans son célèbre Gargantua : « Les nerfs des batailles sont les pécunes ».
Oui, Michel, l’idéaliste du beau jeu, la première terreur mondiale des coups-francs, l’apôtre des exploits du football français, le meneur d’hommes d’envergue, le génie de la passe a choisi de troquer cette image de sportif de légende pour se ranger du côté des cravateux qui décident d’à peu près tout. Tel Candide évoluant dans un monde bien cruel par rapport à sa vision des choses, celui que France Football a désigné comme le meilleur footballeur français du XXème siècle (devant Zizou et Kopa tout de même) est arrivé à l’UEFA avec de bonnes intentions plein les valoches.
Parmi ses idées à mettre en place, l’ancien joueur de la Juve avait en tête le fair-play financier. Une mesure qui consiste à empêcher les clubs de dépenser plus d’argent qu’ils n’en génèrent, sous peine de sanctions financières (amendes, impossibilité de transferts) ou sportives (perte de points en championnats ou exclusion des compétitions européennes).
Voilà maintenant quatre ans que son bébé a vu le jour. Quatre années durant lesquelles beaucoup de spécialistes du ballon rond se sont moqués de l’utopie proposée par l’idole de toute une génération face aux grandes puissances du football européen que peuvent être le Real Madrid, Chelsea ou Manchester City.
Mais aujourd’hui, cette règle a déjà fait des victimes, et certains clubs, aussi puissants financièrement soient-ils, se révoltent. Un combat de titan mené notamment par le Paris Saint-Germain et Manchester City, deux clubs sous l’égide des puissances pétrolières.

 

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Nasser dans le remake de « Seul au Monde »

Une communication rondement menée

En Novembre 2009, le natif de Jœuf  explique en bon pédagogue que l’UEFA préviendra les clubs avant de les sanctionner. A cette époque, Manchester City commence à poser les fondations de son projet gigantesque en dépensant sans compter. Pour le président qu’il est, il faut se dépêcher de poser les bases de son projet à lui afin de limiter la casse autant que faire se peu grâce à la Chambre d’Instruction  du Contrôle Financier des clubs (ICFC) qui est l’institution en charge de réprimander les mauvais élèves. Alors oui, le père spirituel de David Beckham et Juninho pensait qu’il valait mieux « prévenir que guérir », mais dans les faits, les clubs ont été directement sanctionnés sans crier gare.

 

FOOTBALL : PSG vs Chelsea - Ligue des Champions - 02/04/2014

La première sanction de l’UEFA à l’encontre du PSG : blesser Ibra

Un vrai sens politique

L’ancien milieu de terrain est donc rentré en politique par la grande porte, en faisant des promesses qu’il ne tiendrait pas par la suite. L’autre exemple flagrant est la promesse de la réduction de nombre de joueurs afin d’éviter que certains végètent dans de grands clubs sans aucune marge de manœuvre. Aujourd’hui, les clubs visés (toujours les mêmes) par ces mesures ont vu passer de 25 à 21 leur nombre de joueurs inscrits pour les compétitions continentales.
Mais là où Platoche a eu le flair d’un Bernard Tapie des grandes heures, c’est en expliquant que tous les clubs qui se mêlaient aux joutes européennes furent dès le départ d’accord avec son programme. Manchester City, le club que l’ancienne star du chaudron a dans le collimateur depuis le début, n’est évidemment déjà pas d’accord (en 2010) avec cette loi qu’il trouve injuste. Mais n’étant à l’époque pas qualifié pour des compétitions hors de son sol, le club de Patrick Vieira n’a aucun mot à dire. Il en est de même pour leurs cousins parisiens. Officiellement, il est donc exact de dire que tous les clubs, même les plus endettés, ont fait part de leur accord à la mise en place de ces nouvelles règles. Car les grands clubs légendaires qui sont pourtant les plus endettés sont connus dans le monde entier et ont des fans sur chaque continent. Il aurait été de mauvais goût de contester publiquement un tel projet. Puis ces clubs ont de grandes banques derrière eux qui leur assure un fond de trésorerie permantent, expliquant ces transferts mirobolants. Mais chaque club ne peut pas se permettre de fonctionner ainsi, fair-play financier ou pas.
A l’heure actuelle, dans les hautes sphères de l’UEFA, il est question d’aménager certaines règles. Mais des clubs grecs ou espagnols touchés de plein fouet par la crise ne sont pas prêts de voir le bout du tunnel…

 

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Allé Michel ! C’est quand même pas sorcier de faire une tête d’innocent…

Un coup d’épée dans l’eau

Depuis des années, les clubs de football français n’arrivent clairement pas à la hauteur des meilleurs clubs anglais, espagnols ou même italiens, en témoigne notre désastreux classement UEFA. Certes, des puissances financières russes et qataries ont fait de l’AS Monaco et du PSG deux probables futurs cadors européens, mais ce sont des gouttes d’eau dans l’océan du football hexagonal. La Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG) rempli à merveille son rôle de flic guettant la moindre erreur de budget. A l’image d’une institution comme Arsenal, les clubs français se portent financièrement bien ou pas trop mal compte tenu des déficits annoncés par les grands clubs étrangers mais ne gagnent absolument aucune compétition européenne.
Doit-on alors choisir entre gagner des trophées mais crouler sous les dettes ou avoir une santé financière la meilleure possible mais revoir considérablement ses ambitions à la baisse ? S’il est vrai qu’une fois sur le rectangle vert tout est possible entre 22 acteurs, la vérité du terrain prend le dessus à moyen et long terme. Sinon l’En Avant Guingamp ne jouerait pas le maintien mais la victoire en Europe League !
Lorsque l’on voit un club comme Manchester United, il est logique de se demander si le fair-play financier est réellement utile. Lors des trois derniers mercatos, les Reds Devils ont dépensé la bagatelle de 235 millions d’euros avec l’acquisition de pointures telles que Juan Mata, Angel Di Maria ou le mercenaire Falcao. Et qu’en est-il du FC Barcelone qui a acheté en l’espace d’un an Neymar et Luis Suarez pour des sommes astronomiques. Ce club sans sponsor sur le maillot a aujourd’hui la Qatar Foundation, visible sur tous les packaging FIFA grâce à l’inévitable Messi…

 

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Avant, on rêvait des centres de Jérôme Rothen pour gagner la Ligue des Champions ! Une autre époque…

Trop de victimes collatérales

Malgré toute la mauvaise foi dont peut faire preuve un personne haut en couleur comme Jean-Michel Aulas, on peut lui reconnaître la bonne gestion de son club. Avec un futur stade flambant neuf, écrin d’un futur joyau, l’Olympique Lyonnais investit énormément d’argent à la construction de cette enceinte, se délestant ainsi de ses meilleurs joueurs et ne pouvant en recruter de meilleurs ou de niveau équivalent. Car dans toute cette révolution financière, les investissements à longs termes comme la construction d’un stade ne sont pas pris en compte, ce qui ne permet à un club peu endetté d’être à la hauteur de ses ambitions sportives.
Aujourd’hui, les conséquences pour l’ancien patron de la Ligue 1 sont désastreuses : malgré quelques cadres qui restent (Gonalons, Grenier et Lacazette notamment), la plupart des joueurs titularisés sont issus du centre de formation. Cela pourrait être positif si c’était réalisé avec parcimonie, mais Hubert Dupont n’a guère le choix et est obligé d’aligner une équipe qui manque cruellement d’expérience et de talent en faisant avec les moyens du bord. Il est loin le temps (pas si lointain) où Lisandro débarquait en star du championnat…
Voici l’exemple même d’un club qui était dans le top 10 européen et qui, après quelques transferts loupés, s’est retrouvé dans l’anonymat de son championnat national. Ceci est surtout la faut à une politique financière stricte contrairement à ses adversaire étrangers. A vouloir être un bon élève, Lyon sombre doucement sans que personne ne s’en émeuve. Mais comme le dit celui qui envoyait jadis le voisin stéphanois à sa playstation : « le modèle à suivre, c’est Arsenal ». C’est sûr qu’en prenant exemple sur Tonton Arsène qui est passé de grand entraîneur à Oncle Picsou, on n’est pas prêts de revoir des trophées du côté de Gerland… En espérant que l’OL Land ne se transforme pas en LOL Land.

 

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Quel est le plus mauvais investissement : Gourcuff ou une Hyundaï ?

 Tout comme le communisme n’a connu que des échecs une fois mis en place, le fair-play financier suit surement le même chemin. Car Michel Platini en voulant égaliser les chances de chaque club n’a au final que renforcé le fossé déjà existant entre les mastodontes et les clubs ambitieux mais aux moyens plus limités. Alors oui, quand je vois que celui que les supporters de la Juventus de Turin ont désigné comme meilleur bianconerro de l’histoire ne pas arriver à mettre un peu d’équité dans ce monde de ballon rond à cause de livre sterlings, euros et autres pétrodollars, j’ai mal à mon foot.

Jean-Pierre Pépin

Jean-Pierre Pépin

Fondateur & Rédacteur en chef chez Mother Soccer
Porte des lunettes mais a l’oeil aiguisé quand il s’agit de trouver des pépites sur Football Manager. Un mélange entre George Best et Iniesta — milieu offensif à tendance caviar. Supporte l’AJ Auxerre et le FC Barcelone. Guy Roux sur FIFA.
Jean-Pierre Pépin

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Basile Viault

Porte des lunettes mais a l’oeil aiguisé quand il s’agit de trouver des pépites sur Football Manager. Un mélange entre George Best et Iniesta — milieu offensif à tendance caviar. Supporte l’AJ Auxerre et le FC Barcelone. Guy Roux sur FIFA.

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Discussion about this post

  1. Rojito dit :

    Hubert Dupont? Really?

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