J’ai mal à mon foot #1

Au même titre que Tchernobyl, Fukushima ou Nagasaki, Luzenac gardera éternellement une histoire dont sa ville ne pourra jamais se défaire. Evidemment, contrairement aux trois autres catastrophes auxquelles il est fait allusion précédemment, aucun mort n’est à signaler à Luzenac. Mais si aucune catastrophe nucléaire ne s’est heureusement produite dans ce village de même pas 700 âmes, un véritable raz-de-marée a bouleversé la France du football.

 

 

Le football des saucisses-merguez

Une véritable aventure humaine

Car oui, Luzenac aurait probablement préféré voir s’effondrer une de ses célèbres mines de talc plutôt que de se faire voler un rêve mérité comme l’a fait la maudite Fédération Française de Football. Cet épisode a ému toute la France, de l’amateurisme au professionnalisme. Devant tant d’injustice, comment ne pas se révolter ? Luzenac, symbole de ce petit club de province dans lequel des milliers de footballeurs jouent le dimanche n’aura jamais pu accéder à ce que bon nombre d’enfants rêvent : devenir professionnel. Si certains parcours de footballeurs sont chaotiques face à la dure réalité des centres de formation, l’histoire de ce club ô combien méritant l’est d’autant plus…
Le club ariégeois grimpe les échelons du football française les uns après les autres de manière remarquable : Division Honneur, CFA et Nationale. La DNCG (Direction Nationale du Contrôle de Gestion) avait déjà en 2009 cherché des poux au club pour des raisons financières suite à son accession en Nationale. Heureusement à l’époque, plus de peur que de mal à signaler pour les banlieusards toulousains. Avec un budget de moins d’un million d’euros, Luzenac fait (déjà) figure de petit poucet. Cependant, les débuts en championnats tonitruants des années 2009 et 2010 redonnent du baume au cœur des ariégeois. Néanmoins, la saison est longue et Luzenac arrive tant bien que mal à se maintenir à ce niveau. Mais l’équipe joue avec ses armes et ne baisse jamais les bras. Lors de la saison dernière, Luzenac démarre encore très fort le championnat. Mais par rapport à ses précédents exercices, l’équipe arrive à garder son niveau de jeu qui lui permet de terminer l’année à la seconde place, juste derrière l’ogre orléanais. Le club entrevoit alors la Ligue 2, point d’accroche entre des petits clubs ambitieux et d’anciens mastodontes en perte de vitesse. Quelle joie pour ces sudistes de se dire qu’ils vont pouvoir jouer à Marcel Picot, l’Abbé Deschamps ou Bonnal ! Eux les amateurs du fin fond de la France se prennent alors à rêver d’un statut professionnel acquis à la sueur des crampons.

Plus personne ne descendra du bus

L’accession au monde pro : le début de la fin

Cette histoire arrive à un moment où l’ancienne première dame aigrie aime à faire savoir que notre cher Président de la République appelle les petites gens les « sans-dents ». Cela arrive à un moment où les extrêmes en politique prennent de plus en plus d’importance. Cela arrive à un moment où les jeunes quittent le territoire national pour aller faire fortune loin de notre économie. Cela arrive à un moment où l’injustice et le désespoir jonchent chacun de nos journaux télévisés. Cela est une goutte d’eau qui fait déborder le vase de l’indignation.
Car oui, chaque personne qui a supporté Luzenac peut et doit crier au scandale ! Dans un monde où l’argent est présent partout, le football a cette fâcheuse tendance à s’accaparer bon nombre de maux de nos sociétés modernes, complexées par ce sale mot. Mais l’argent, l’oseille, la tune… ça ne fait pas tout ! Du moins c’est ce qu’on pouvait croire au pays où le rugby est roi. L’accession en Ligue 2 demande certaines exigences aux clubs qui jouent ce championnat : stade aux normes et budget suffisamment important.
Déjà, Luzenac ne jouait plus sur son terrain en pente de Paul-Fédou mais au stade municipal de Foix depuis la saison 2012-2013. Mais là, on ne rigole plus, on va jouer des gros bras ! Alors plus question de stade Jean-Noël Fondère de Foix trop vétuste au goût de la LFP.
Le 30 mai dernier, la LFP donne à chaque club concerné les calendriers des ligues professionnelles pour la saison à venir. Le premier match de Luzenac dans l’antichambre de l’élite se déroulera « à domicile » contre Troyes le 1er Août. Dans un pays où l’administratif est aussi compliqué qu’un sourire pour Marcelo Bielsa, le temps presse…
Mais dans cette région où le vivre-ensemble est de rigueur, les amis rugbymen du Stade Toulousain proposent de prêter leur stade Ernest-Wallon, qui a connu tant de grands moments du sport français. En attendant que la LFP soit d’accord, il faut également attendre les calendriers du Top 14 afin de voir si cela est réalisable. Mais au-delà du stade, la DNCG estime que le budget ariégeois n’est pas suffisamment élevé pour évoluer en seconde division.

Les temps changeants : qataris vs luzenaciens

Un divin chauve n’aura pas suffi

Fabien Barthez, un des symboles de la France qui gagne, fait tout son possible pour alerter l’opinion publique en tant que Directeur Général du club. Mais un champion du monde, aussi charismatique soit-il, n’est rien devant l’entêtement de monstres à cravates qui d’après lui « ne veulent pas de Luzenac parmi les pros ». Surement la plus belle analyse de ta carrière Fabulous Fab…
Bien qu’aucun déficit ne soit décelé et que la trésorerie du club présente des comptes équilibrés avec des fonds propres validés par le commissaire aux comptes, aucun organisme, de la LFP à la DNCG en passant par la CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) ou le Tribunal Administratif de Toulouse ne souhaite envoyer Luzenac sur un terrain propice à son niveau. L’histoire de l’accession à la Division 3 en 1971 semble se répéter… Dans le pays de Pierre de Coubertin, l’important n’est donc pas que de participer.

 

Les espoirs se sont envolés

Alors quand on pense que leurs cousins de Colomiers ont réussi le fol exploit d’aller en finale de H Cup en 1999, on peut se dire que le football n’est décidément pas en avance sur son temps, notamment à cause de ces gendarmes qui composent sont la DNCG. Surtout quand on sait qu’un gardien de la paix est censé faire régner l’ordre et non l’injustice. Quelques semaines après l’ultime match perdu par Luzenac, personne n’est là pour se rappeler de ce qu’on vécut des sportifs qui n’avaient pour seuls défauts que d’être amateurs. Il y a un mois, nous avions nous-mêmes écris un article sur cette situation qui ne doit plus se produire. Mais force est de constater qu’aujourd’hui Luzenac et ses joueurs sans équipe sont passés dans l’oubli général. Alors oui, quand je pense à ce club qui joue désormais en DH avec son équipe réserve, j’ai mal à mon foot.

Jean-Pierre Pépin

Jean-Pierre Pépin

Fondateur & Rédacteur en chef chez Mother Soccer
Porte des lunettes mais a l’oeil aiguisé quand il s’agit de trouver des pépites sur Football Manager. Un mélange entre George Best et Iniesta — milieu offensif à tendance caviar. Supporte l’AJ Auxerre et le FC Barcelone. Guy Roux sur FIFA.
Jean-Pierre Pépin

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Basile Viault

Porte des lunettes mais a l’oeil aiguisé quand il s’agit de trouver des pépites sur Football Manager. Un mélange entre George Best et Iniesta — milieu offensif à tendance caviar. Supporte l’AJ Auxerre et le FC Barcelone. Guy Roux sur FIFA.

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