Eibar : Le miracle permanent du football basque

L’an passé, le SD Eibar, petit club inconnu de tous, accomplissait l’exploit de se hisser jusqu’en première division espagnole. Six mois plus tard, l’équipe basque n’en finit plus de surprendre. Eibar pointe aujourd’hui à une séduisante 10e place de la Liga, et ce beau classement est bien loin d’être une injustice. Voyage au cœur d’un des clubs les plus atypiques d’Espagne et d’Europe.

Eibar est loin de tout. Loin des immenses plages de San Sebastian, loin des fêtes de la San Fermin à Pampelune et bien loin de l’effervescence actuelle de Bilbao, ville ouvrière en constante reconstruction. Et pourtant, plus qu’autre-part, c’est dans ce « grand village » d’un peu moins de 30 000 habitants que bat le cœur du Pays Basque. Ici, l’architecture est austère mais accueillante, faisant un écho à la météo ambiante, souvent pluvieuse et brumeuse mais qui souligne en permanence les beautés de cette région de Guipuzcoa, située à quelques encablures du Golfe de Gascogne.
Cet isolement géographique, assez relatif malgré tout, est une des raisons de l’état d’esprit qui règne à Eibar. Tout le monde se reconnaît das des valeurs bien spécifiques, et tous les habitants sont unis derrière le club du SD Eibar, fraîchement promu en première division espagnole pour la première fois de son histoire.

Et pourtant, la présence même d’Eibar en première division tient du miracle. Sportivement, le club a obtenu le droit d’appartenir à l’élite espagnole en mai dernier. Mais comme souvent, la justice s’en est mêlé et la belle histoire a bien failli ne jamais se faire. Les autorités espagnoles ont laissé deux petits mois aux dirigeants basques pour trouver la somme d’1,6 millions d’euros, en vertu d’une obscure subtilité de loi. Pas évident quand on sait que le budget annuel du club, le plus petit de la Liga BBVA, n’est que de 3,5 millions…
Faire un parallèle entre cette histoire et celle de Luzenac en France serait un peu rapide mais pas illogique tant Eibar n’est pas passé loin de se faire rétrograder en 3e division. Un coup qui aurait été fatal au club et extrêmement injuste car l’équipe est une des seules saines économiquement du pays et une des rares qui paie ses joueurs en temps et en heure.
Heureusement, grâce à des soutiens de poids (Xabi Alonso et David Silva entre autres) et un site de crowdfunding mis en place par les dirigeants, deux millions d’euros ont été accumulés, donnant le droit à Eibar d’évoluer au plus haut échelon national.

Eibar-Primera-par-Mother-Soccer

Fin Août 2014, les Armeros disputent donc leur premier match dans l’élite contre la Real Sociedad. Un derby basque pour débuter, voilà de quoi combler la petite ville ! Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, Eibar va s’imposer assez logiquement grâce à une réalisation du milieu de terrain Javi Lara (et quel but !). La liesse est totale.
Et bien que les choses vont moins bien fonctionner par la suite, les rouges et bleus vont retrouver un succès relatif, au point d’être actuellement dixièmes. Ils sont peu, les médias espagnols qui tablaient sur une telle progression.
Celle-ci peut s’expliquer par une volonté de toujours faire le jeu. Les joueurs ne souffrent d’aucuns complexes d’infériorité et cela se sent sur le terrain. Les hommes du talentueux coach Gaizka Garitano (ancien joueur du club mais aussi de l’Athletic Bilbao) aiment avoir le ballon et sont efficaces dans les contre-attaques.
La Pays-Basque est le pays du rugby, et cette mentalité d’entraide et de solidarité se ressent entre les joueurs.

Et pourtant, l’effectif d’Eibar est bien loin d’être l’un des plus clinquants d’Espagne. Les dirigeants ont su recruter intelligemment afin de pouvoir aligner une équipe compétitive sur les terrains l’Espagne. Évoluant en 4-4-2 (qui peut évoluer en 4-4-1-1), les joueurs basques peuvent quadriller le milieu de terrain, dominé par la paire Derek Boateng / Garcia Carrillo. L’équipe peut également s’appuyer sur une assise défensive intéressante. Albentosa et Ekiza forment une solide paire de défenseurs centraux, épaulée par des latéraux rapides qui peuvent se projeter assez rapidement vers l’attaque. Celle-ci est d’ailleurs formée du vétéran Mikel Arruabarrena et de l’italien Federico Piovaccari, prêté par la Sampdoria. Eibar possède une équipe complète, qui peut largement joueur le milieu de tableau de la Liga.

Vous l’aurez compris, Eibar n’est pas un club comme les autres. Et quoi de mieux pour souligner cette singularité que de jeter un coup d’œil à l’atypique stade Ipurua ? Vu de l’extérieur, il ressemble à un stade britannique de par sa forme carrée. Mais vu de l’intérieur, il semble parfois laissé à l’abandon. Ipurua ne peut contenir que 5250 spectateurs, un chiffre qui assure une ambiance de feu.
L’enceinte n’étant pas très haute, on peut apercevoir les imposantes tours d’habitations des faubourgs de la ville en arrière-plan. Ce décor urbain n’est pas sans rappeler le Stade Bauer du Red Star, et, à l’image du stade du club à l’étoile rouge, l’atmosphère qui se dégage du lieu est imposante.
Non vraiment, Ipurua n’a rien à envier à Bernabeu ou au Camp Nou. Au niveau du nombre de spectateurs, Eibar ne fait pas le poids, mais le public compense très largement ce manque par une passion, une ferveur toute en passion, toute basque. Ici, la tradition basque n’est jamais très loin et cette authenticité est une bouffée d’air frais dans un championnat qui ne laisse que très peu de place au changent ces derniers temps.

Eibar-Ipurua-par-Mother-Soccer

Alors que peut espérer Eibar cette saison ? L’objectif avoué des joueurs et dirigeants est un maintien en première division. Pour le moment, le club est plutôt pas mal parti mais relâcher ses efforts maintenant serait criminel, la saison est encore longue. L’équipe doit continuer à surprendre, à imposer son jeu qui séduit l’Espagne.
Mais mieux encore, Eibar, avec sa dixième place, est la première dans la hiérarchie du Pays Basque. Bien que l’Athletic Bilbao soit juste derrière et la Real Sociedad en pleine reconstruction, cette victoire virtuelle est une belle récompense et un joli pied de nez aux voisins prestigieux.
Le SC Eibar est une bouffée d’air frais pour le football Basque. L’an passé, l’historique club d’Osasuna a rejoint le Deportivo Alavès en Liga Adelante (seconde division). Les belles performances du promu permettent à la région de continuer avec trois clubs dans l’élite, un bon point pour un pays attaché à ses racines et sa formation toute particulière.

Oui, Eibar est une anomalie dans le football moderne. Par son ambiance, par ses fortes racines ancrées au Pays Basque, par le soutien populaire sans faille de cette petite ville, ce club est un des rares survivants d’un football d’une autre époque, sacrifié sur l’autel du profit immédiat et de la mondialisation. Combien de temps cette exception va-t-elle durer ? Nul ne peut le dire.
Mais tant que des belles histoires comme celles-ci existeront dans le football, ce sport ne sera pas mort.

Walter Panzani

Responsable des publications chez Mother Soccer
Apôtre du beau-jeu et de la blessure gratuite, je pense que si le ballon peut passer, ce n’est pas forcément le cas du joueur. Valenciano depuis plus de quinze ans, j’ai souffert de voir Marius Stankevicius défenseur central de mon équipe. Passionné par le monde des ultras et par le football de l’ancien bloc de l’est, j’aurais bien envie de craquer un fumi dans un kolkhoze.
Walter Panzani

Apôtre du beau-jeu et de la blessure gratuite, je pense que si le ballon peut passer, ce n’est pas forcément le cas du joueur. Valenciano depuis plus de quinze ans, j’ai souffert de voir Marius Stankevicius défenseur central de mon équipe. Passionné par le monde des ultras et par le football de l’ancien bloc de l’est, j’aurais bien envie de craquer un fumi dans un kolkhoze.

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