Mercato : Un paquet de monnaie

On ne peut pas dire « une fois n’est pas coutume » quand on parle de football et de son côté financier. Chaque mercato c’est le même feuilleton : les « amateurs » de foot s’indignent sur les salaires astronomiques des joueurs de foot. Ils gagnent beaucoup trop, ils ne font que taper dans un ballon, ils sont incultes, etc. Tant de vérités et de bêtises dans ces phrases. Car oui, les joueurs gagnent sans doute plus qu’ils ne devraient par rapport à leur boulot, oui une grande partie ne semble pas être en mesure de finir un jeu de Scrabble ; mais non car il y a des gens prêts à leur donner autant, non car ils font vivre des centaines de métiers parallèles, non car ce sont les idoles des jeunes… Bref. Cette fois-ci nous n’allons pas nous attarder sur les salaires, mais sur les coûts des transferts réalisés cet été. Et il y a beaucoup à dire.

 

Une rupture nette récente

On remarque un changement récent de ces sommes pharaoniques au niveau des transferts.

Avant l’époque Messi/Cristiano Ronaldo, le plus gros transfert de l’histoire était celui de Zizou, de la Juventus au Real pour 75 millions d’euros. C’était en 2001, et c’était déjà énorme. Mais ces montants concernaient alors des joueurs vraiment exceptionnels, comme Figo (61 millions en 2000) , Ronaldo (45 millions en 2002), ou encore Nedved (41 millions en 2001), pour ne citer qu’eux. Encore une fois, nous étions là dans le top du top, les Messi, Cristiano Ronaldo, et Iniesta actuels…

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Mais aujourd’hui tout a changé.

Ainsi, les transferts et les sommes associées paraissent de plus en plus incompréhensibles. Il existe un décalage flagrant entre valeur réelle du joueur et montant du transfert. S’il s’agissait d’un phénomène mineur, concernant seulement quelques clubs et finalement un effet de « mode », on pourrait ne pas s’attarder plus que cela sur le sujet. Mais on sent aujourd’hui que quelque chose a VRAIMENT changé.

 

L’absurdité des sommes engagées

Alors on va citer quelques exemples.

Un français, pour commencer, Eliaquim Mangala. Environ 54 millions pour un défenseur certes très prometteur, mais n’ayant pour l’instant rien prouvé sur la scène internationale. Mais pour Manchester City c’est normal.

Autre cas d’un défenseur, David Luiz, pour 50 millions au PSG. Bien qu’étant un bon défenseur, il n’est pas de la trempe des Thiago Silva, Hummels, Lahm, ou même Chiellini … 50 millions d’euros pour un bourrin à la chevelure bouffante et aux frappes cadrées une fois sur cinq …

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Auparavant c’étaient les attaquants qui se payaient très cher. Maintenant les défenseurs (même moyens) se payent aussi au prix d’or.

D’autres exemples tout aussi incompréhensibles peuvent être mis en avant : Hulk (60 millions), Carroll – la plus grosse blague du football anglais – (41 millions), Witsel (40 millions), ou encore Pastore (42 millions).

On a le sentiment qu’un joueur un peu prometteur, s’il a fait une ou deux bonnes saisons et qu’il fait un peu parler de lui, peut tout de suite être transféré autour de 40 ou 50 millions d’euros … Alors à qui la faute ? Aux médias qui sur-vendent les qualités des joueurs ? Aux agents qui en demandent toujours trop ? Aux présidents irréalistes qui ne cèdent pas à moins de 40 millions d’euros (souvent du bluff mais au final cela fait grimper les prix) ?

 

Une nouvelle façon de recruter ?

S’installe gentiment ce sentiment dérangeant que l’on n’apprécie plus vraiment la qualité des joueurs, que l’on ne prend pas assez de recul pour évaluer leur niveau.

À l’inverse, certains joueurs ne semblent vraiment pas être payés à leur juste prix : Aurier (10 millions d’euros), Balotelli (environ 20 millions), ou même Luis Suarez (acheté 80 millions d’euros), pour ne citer qu’eux …

Les montants des transferts ne veulent plus rien dire.

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Alors, on peut aussi voir la chose sous un autre angle. C’est peut-être la méthode même du recrutement qui a changé. On peut dire qu’aujourd’hui les clubs n’achètent plus (ou de moins en moins) des valeurs sûres et donc à un prix affolant, mais plus qu’ils font un pari sur l’avenir. Un pari sur un joueur qui va éclore et donc leur rapporter une forte plus-value. Ainsi Griezmann ou James, par exemple, seront peut-être les futurs plus gros transferts du monde. Mais si ces investissements ne s’avèrent finalement pas rentables, les désastres économiques (et aussi sportifs) seront de plus en plus nombreux, et auront des répercussions plus fortes et dramatiques qu’auparavant.

Alors oui, on ne peut rien y faire. Le foot change avec son époque, et ce serait fou de vouloir modifier cela.

Mais nous aimerions encore croire que les meilleurs joueurs se paient au prix fort, et que les moins bons se paient un peu moins cher. Rien que pour s’y retrouver. Imaginez un ermite qui débarque dans le monde du foot :

  • Mangala ? 50 millions d’euros ? C’est énorme ! Plus qu’un Balotelli qui marque une quinzaine de buts par saison ? Et il a gagné une coupe d’Europe ?
  • Non.
  • Il joue titulaire en Equipe de France ?
  • Non.
  • Il a fait une grosse carrière et c’est une valeur sûre ?
  • Non.

 

Nous vivons actuellement dans une période où la question de l’argent est un sujet tabou, où être riche est presque mal vu, où le bling-bling est détestable.

Le football est déjà vu comme un sport où l’argent est roi, alors s’il vous plaît, ce serait bien que cet argent ait du sens, qu’il signifie aussi quelque chose.

Car l’argent n’a pas d’odeur, mais le foot pue le fric …

Fernando Trodgraisse

Fernando Trodgraisse

Rédacteur sur MotherSoccer chez Mother Soccer
Une-deux entre Toulouse et Liverpool, l’esthétisme d’Özil et la hargne de Ninkov, l’analyse et la bêtise. Rajon Rondo du ballon rond.
Fernando Trodgraisse

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Discussion about this post

  1. […] à s’accaparer bon nombre de maux de nos sociétés modernes, complexées par ce sale mot. Mais l’argent, l’oseille, la tune… ça ne fait pas tout ! Du moins c’est ce qu’on pouvait croire au pays […]

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