Sud-ouest sans story

Plusieurs zones géographiques concentrent l’activité professionnelle du ballon rond dans notre pays : le nord (Lens, Valenciennes, Lille, Amiens), le grand ouest (Guingamp, Rennes, Lorient, Nantes), l’est (Metz, Nancy, Strasbourg, Sochaux). Si certains territoires sont plus pourvus que d’autres, une très grande partie possède un club qui côtoie le statut professionnel. Et pourtant, parmi tous ceux-là, le Pays-Basque – et plus globalement les Pyrénées Atlantiques – font malheureusement figure d’exception.

 

Des extrêmes si proches

La région ne manque pourtant pas de clubs, le plus prestigieux d’entre-eux étant Pau (Pyrénées Atlantique). Le Pau FC est en effet régulier membre de National, puisqu’il y a passé 10 saisons d’affilée, de 1999 à 2008. Après quelques années en CFA, le club est remonté, pour occuper actuellement une honorable 7ème place. Ensuite, deux clubs figurent deux divisions plus bas, en National 3 (ex CFA 2) : Anglet et l’Aviron Bayonnais, ce dernier ayant notamment compté dans ses équipes de jeunes Lizarazu et Ruffier.

Pau, Anglet, Bayonne … quid de Biarritz ? Le club de Jeanne d’Arc de Biarritz est lui encore plus bas, en Seniors Régional 1. Trois clubs pour cinq divisions différentes, nous ne sommes pas très loin du désert footballistique …

Griezmann : symbole de la réussite basque version Espagne.

Le constat est encore plus saisissant quand on compare avec les voisins espagnols. En effet, pas moins de 4 clubs du Pays-Basque espagnol sont en première division ! Bilbao, la Real Sociedad (San Sebastian), Eibar et Alaves. Si seuls les deux premiers cités possèdent un réel palmarès, les voir tous figurer régulièrement en Liga est remarquable, et montre un réel savoir-faire, et dans la formation de joueurs et dans l’exigence d’un championnat professionnel. Osasuna, également souvent présent en Liga, est un autre de ces clubs professionnels, aujourd’hui en deuxième division.

Plusieurs joueurs français ont été formés ou ont fini leur formation chez eux, comme Griezmann à la Real Sociedad, Aymeric Laporte à Bilbao, ou encore le franco-portuguais Kévin Rodrigues, passé par le Toulouse Football Club. L’histoire de Grizou symbolise d’ailleurs parfaitement la réussite espagnole dans ce domaine, là où la France a échoué car elle avait refusé en ses rangs un énième joueur « trop petit ».

 

Un potentiel pas assez exploité ?

L’Aviron Bayonnais version foot.

Selon des données publiées par Slate en 2013, le rugby n’est en fait pas le sport le plus pratiqué dans le coin. Le golf (Biarritz) et le football (Bayonne) figurent en haut du classement. Autre exemple, sur la saison 2015/2016, on pouvait compter 15 300 licenciés au rugby, contre 16 602 pour le football. Ainsi, si le Pays-Basque est indéniablement une « terre de rugby », elle est aussi une pépinière de jeunes fans de football.

Alors, quel est le sort des jeunes footballeurs de la région ? Prenons quelques exemples : Didier Deschamps est arrivé  au centre de formation du FC Nantes à 14 ans. Lizarazu a été repéré à l’Aviron Bayonnais par Bordeaux, où il a joué pendant 8 ans. Stéphane Ruffier est lui recruté jeune par l’AS Monaco, alors qu’il évoluait également à l’Aviron Bayonnais. Quant à Kévin Rodrigues, néo-international portugais, il quitte lui aussi le même club basque pour rejoindre Toulouse lors de ses 14 ans.

Hormis l’exception Aymeric Laporte, nos clubs français ont donc finalement raté peu de jeunes joueurs devenus professionnels issus de clubs basques.

 

Y’a du réseau ?

Mais alors, comment développer davantage le football dans « le vrai » sud-ouest ? Voici deux axes d’idées.

D’abord, nous pouvons espérer la mise en place d’échanges plus fréquents et concrets entre les clubs de la région et les deux voisins de Ligue 1 : Bordeaux et Toulouse. Sans cela, pas facile pour les jeunes basques de se faire repérer par des clubs français, car les plus proches géographiquement sont espagnols. Mais cela marche également dans l’autre sens : certains jeunes de clubs professionnels pourraient être prêtés plus souvent, à Pau par exemple, voire en National 3 pour ceux en qui ils croient un peu moins (Anglet et Aviron Bayonnais). Ceci afin de leur permettre de s’aguerrir et de gagner du temps de jeu à un échelon inférieur, tout en aidant ces clubs à progresser. En gros, créer un fort « esprit de foot local », dont les deux parties ainsi que les joueurs seraient gagnants.

Bien évidemment, cette perspective est valable partout en France. Mais dans une région où le football de haut et moyen niveau peine à se faire une place, cela semble être la solution la plus adéquate.

Malheureusement, si le développement des clubs par des passerelles sportives peut être une bonne idée (et la première marche à suivre), cela ne sera pas suffisant tant que des partenaires financiers solides, à l’image de ceux du rugby, ne suivront pas pour développer un club fort.  Pau semble être le mieux placé à l’heure actuelle pour en attirer, afin de consolider sa place en National et tenter de construire une histoire solide.

Le sud-ouest champion du monde.

Nous sommes en 2017, en 45 après ZZ. Toute la France est occupée par le football de haut niveau. Toute ? Non ! Une région pourtant peuplée d’amoureux du ballon rond résiste malgré elle encore et toujours au football de haut niveau. Et se faire une place n’est pas facile pour ceux entourés par les clubs de rugby, ses glorieux voisins espagnols, et isolés de ses camarades français.

 

 

Fernando Trodgraisse

Fernando Trodgraisse

Rédacteur sur MotherSoccer chez Mother Soccer
Une-deux entre Toulouse et Liverpool, l’esthétisme d’Özil et la hargne de Ninkov, l’analyse et la bêtise. Rajon Rondo du ballon rond.
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