Transnistrie : le football dans un pays qui n’existe pas

L’actuelle situation en Ukraine pourrait bien redessiner les frontières de l’Europe de l’Est. Or, la situation de la Crimée n’est pas isolée dans une région qui produit plus d’histoire qu’elle ne peut en consommer. La Transnistrie, région moldave reculée et inconnue de tous s’affirme comme indépendante malgré le refus des autorités internationales. Cet imbroglio n’empêche pas le football de ce « pays » de s’affirmer peu à peu, au point de participer aux coupes d’Europe…
Mother Soccer a enquêté sur le football de ce pays qui n’est reconnu que par lui-même.

Tiraspol-militaryTransnistrie_Sheriff Tiraspol_MotherSoccer

Bienvenue en Transnistrie

Rappelez-vous de Goodbye Lenin. Ce film dans lequel deux jeunes personnages tentent de faire croire à leur mère tout juste sortie d’un coma que le Mur de Berlin n’était pas tombé. Eh bien la Transnistrie, c’est à peu près la même chose, mais à l’échelle d’une région grande comme l’Ile-de-France. Sauf qu’ici, les gentils subterfuges du film laissent place à la mainmise du parti unique qui dirige cette bande de terre d’une main de fer.
Bloquée entre la Moldavie et l’Ukraine, la République moldave du Dniestr (pour la dénomination officielle) semble figée dans le temps. Et pour cause, le drapeau même de la région, orné d’une faucille et d’un marteau, rappelle les plus belles heures du stalinisme. En plus de cela, la Transnistrie jouit d’un parlement indépendant et donc d’un président, d’une monnaie locale et même d’un hymne qui lui est propre. Un véritable état dans l’état au cœur de toutes les polémiques. A l’image de la Crimée, la population est russophone et refuse en bloc l’alphabet latin appris dans le reste de la Moldavie.

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La Russie justement, est une composante majeure de la construction de cette entité. Sous perfusion des fonds venus de Moscou, la Transnistrie dépend très largement du gouvernement de Vladimir Poutine bien que celui-ci lui refuse une reconnaissance internationale. Cette domination russe sert également à expliquer le fonctionnement du football du côté de Tiraspol, la capitale. La Sheriff Company, dirigée par des russes, occupe tous les marchés du pays, des cigarettes à la télévision jusqu’au football. Le Sheriff Tiraspol est ainsi devenu l’équipe phare de Moldavie, ne laissant échapper qu’un championnat depuis 2000. Le décor est planté et il est glaçant…

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Transnistrie : I shot the Sheriff Tiraspol

Vous l’aurez donc compris, le championnat moldave n’est ni le plus relevé, ni le plus passionnant du Monde. Du côté de Tiraspol, on voit pourtant cette situation d’un bon œil. En plus d’archi dominer son championnat, le Sheriff fait rayonner la région dans tout le pays mais aussi parfois hors des frontières. Il faut également noter que la ville compte deux autres clubs de moindre notoriété, le FC Dinamo-Auto Tiraspol et le FC Tiraspol. Les équipes de Transnistrie composent donc un bon quart du championnat moldave.
Si l’équipe du Sheriff Tiraspol domine si largement le football local, c’est parce que les propriétaires ont su mettre les moyens nécessaires pour la réussite de cette entreprise. Fondé ex-nihilo en 1997, l’équipe a très vite pu bénéficier d’un centre d’entrainement digne des plus grands clubs européens et d’un stade de 13 000 places flambant neuf. Le complexe sportif Sheriff, construit en 2002 pour près de 200 millions semble inapproprié dans cette région rongée par la misère la plus totale. Et pourtant, il est bien là et cela ne risque pas de s’arrêter tant les ambitions de la firme sont hautes pour le club.
L’Olympique de Marseille a été le premier club français à se déplacer sur les terres du Sheriff à l’occasion de l’Europa League 2012. Les phocéens l’avaient emporté 2-1 dans la rutilante Bolshaya Sportivnaya Arena de Tiraspol après un mauvais 0-0 au Vélodrome. Mais plus qu’un match, c’est une reconnaissance qu’a gagné ce jour-là la Transnistrie. Et c’était bien là l’objectif des dirigeants du pays.

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Transnistrie : Quel avenir pour le football local ?

A l’orée de la saison 2013-2014, le Sheriff Tiraspol se présente au tour préliminaire de la Ligue des Champions. Malheureusement éliminés par le Dinamo Zagreb, les hommes de Veaceslav Rusnac se retrouvent dans le groupe K de la Ligue Europa en compagnie de Tottenham, l’Anzhi et Tromso. Belle promotion pour le club de Tiraspol qui fait belle figure contre le Tottenham de André Villas-Boas. Après avoir perdu 2-0 à domicile, les moldaves vont presque réaliser l’exploit du côté de White Hart Lane mais vont finalement s’incliner 2-1. La formation termine à une honorable troisième place du groupe. Un rendez-vous pris pour le futur ? Peut-être. Le fait est que l’équipe progresse et que, grâce à un tirage au sort favorable en tour préliminaire, peut espérer une qualification en Ligue des Champions.  Pour l’équipe nationale, il va encore falloir attendre puisque le pays n’est pas reconnu. Du coup, les joueurs de la région vont encore devoir représenter les couleurs moldaves au grand dam des autorités locales (des deux camps d’ailleurs !)
Cependant, ce succès n’est pas forcément bon pour le football local. En effet, le Sheriff ne compte que très peu sur les jeunes talents du côté de Chisinau, capitale moldave. L’équipe est très hétéroclite. En vrac, on compte quelques brésiliens, des russes et même un espagnol, Melli, vainqueur de la Coupe du Roi avec le Betis Seville au cours des années 2000. La raison de cette représentation internationale ? Des salaires mirobolants. L’entraîneur serait payé près de 600 000 euros  par mois. C’est aussi ça la Transnistrie…

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Walter Panzani

Responsable des publications chez Mother Soccer
Apôtre du beau-jeu et de la blessure gratuite, je pense que si le ballon peut passer, ce n’est pas forcément le cas du joueur. Valenciano depuis plus de quinze ans, j’ai souffert de voir Marius Stankevicius défenseur central de mon équipe. Passionné par le monde des ultras et par le football de l’ancien bloc de l’est, j’aurais bien envie de craquer un fumi dans un kolkhoze.
Walter Panzani

Apôtre du beau-jeu et de la blessure gratuite, je pense que si le ballon peut passer, ce n’est pas forcément le cas du joueur. Valenciano depuis plus de quinze ans, j’ai souffert de voir Marius Stankevicius défenseur central de mon équipe. Passionné par le monde des ultras et par le football de l’ancien bloc de l’est, j’aurais bien envie de craquer un fumi dans un kolkhoze.

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